SLAG&RX New York

Bo Joseph

CHASING GHOSTS

Que se passe-t-il après les avoir attrapés et avoir écouté leurs histoires ? Je suis en sécurité. Je suis vu. Je serai rappelé à la mémoire. Et cela suffit peut-être. Pour chacun d’entre nous, vivants ou morts.

— Kay Bolden, The Art of Catching Ghosts

 

SLAG&RX New York est heureuse de présenter Chasing Ghosts, la première exposition de Bo Joseph à la galerie. À travers des peintures, des œuvres sur papier et des reliefs muraux sculpturaux, l’exposition examine des objets culturels issus de différentes époques et zones géographiques, envisagés comme des réceptacles de l’histoire, façonnés par des cycles de perte et de réappropriation.

Pour Joseph, la pratique artistique s’apparente à une chasse aux fantômes, une tentative de saisir une présence intangible, une énergie résiduelle et des significations héritées, inscrites dans les icônes culturelles. S’appuyant sur des catalogues de ventes aux enchères, des archives muséales numériques, des intérieurs de l’époque coloniale ainsi que ses propres photographies, Joseph abstrait et reconfigure des images issues des traditions africaines, européennes, islamiques, amérindiennes et d’autres cultures du monde. À travers des cycles de tracé, de superposition, de lavage, de grattage et de repeinture, présence et absence sont maintenues en tension, tandis que les images émergent, s’érodent et se recomposent. L’abstraction devient un pont reliant symboles et icônes, permettant à des significations et à des terrains communs de surgir à travers les cultures et les générations.

Ces méthodes intensives, fondées sur le processus, fonctionnent comme des actes ritualisés de confrontation culturelle, engageant des histoires de perte, d’appropriation et de survie. Elles démocratisent les hiérarchies culturelles en réduisant tous les objets, d’un masque dogon à une sculpture romaine, à un même traitement linéaire, créant ainsi une équivalence formelle. En utilisant l’eau pour effacer littéralement les images, Joseph simule à la fois l’entropie culturelle et met au jour des connexions enfouies entre des traditions apparemment disparates.

L’exposition comprend Holding Spaces: Self-Appointed Custodians, une œuvre monumentale sur papier de Joseph, présentée pour la première fois au Brooklyn Museum. Cette pièce réinterprète des photographies d’intérieurs modernistes et coloniaux exposant des collections d’art tribal et d’autres symboles culturels, notamment ceux associés à Helena Rubinstein, Peggy Guggenheim et Wifredo Lam, unifiés par l’abstraction. Joseph retranscrit et superpose ces intérieurs en pastel à l’huile sur des patchworks de papier, puis soumet la surface à des phases de grattage, d’enduction et de rinçage avant de la retravailler pour en faire un champ abstrait de libre association.

Les peintures sur papier monté sur toile prolongent cette approche par une superposition intuitive d’images issues des archives de l’atelier de l’artiste. À l’aide de tempera hydrosoluble, de lavis acryliques et de techniques de réserve, Joseph construit des images partiellement dissoutes, transformées en empreintes négatives de leurs formes d’origine. L’effacement de l’image laisse des traces et des taches qui en érodent la structure initiale tout en la métamorphosant en une silhouette négative de ce qui fut.

Les deux peintures les plus récentes de Chasing Ghosts traduisent des images stratifiées issues de sources historiques occidentales en compositions matériellement complexes, réfléchissant aux notions de déplacement culturel, de complicité et de survie. Réalisées sur des patchworks de tissu et achevées à l’huile, ces œuvres mobilisent des processus de superposition, d’érosion et de hasard afin d’évoquer l’histoire comme un champ instable et sédimenté, un espace où les régimes dominants sont symboliquement absorbés et neutralisés. Les couleurs vives et les lignes rayonnantes agissent à la fois comme contrepoint visuel et force connective, offrant une surface accueillante à travers laquelle se déploient, de manière feutrée, des interrogations profondes sur le pouvoir, la mémoire et la transformation culturelle.

L’exposition s’achève avec la série continue de reliefs muraux de Joseph, entamée en 2020. À l’instar des œuvres sur papier et sur toile, ces reliefs prolongent son usage de composites culturels, prenant ici la forme de silhouettes évoquant des masques. Ces œuvres sculpturales représentent des formes hybrides inspirées d’objets historiques, religieux et rituels issus de cultures du monde entier. Elles sont fabriquées à partir de mousse, de fibre de verre et de résine, puis recouvertes de caséine, un médium à base de protéine de lait aux origines médiévales. Certaines de ces pièces explorent des archétypes jungiens, notamment Catching Ghosts: Personae, interrogeant le concept du masque social, le visage public que les individus présentent au monde comme médiation entre le moi intérieur et l’environnement extérieur. Par le chevauchement des images, leur spécificité culturelle devient universelle, invitant les spectateurs à se reconnaître dans ces silhouettes.

Dans leur ensemble, les œuvres de l’exposition Chasing Ghosts créent un espace de réflexion. En plaçant l’absence, l’effacement et la transformation au centre de l’exposition, Joseph invite le public à confronter la manière dont les symboles culturels persistent, mutent et réclament d’être rappelés à la mémoire à travers des cycles de perte et de réappropriation. À l’image des fantômes, ils appellent à être vus et mémorisés.
 



À propos de l’artiste

Bo Joseph est né en 1969 à Berkeley, en Californie. Élevé par des parents engagés dans le champ artistique, il a vécu entre Oakland, Los Angeles, Paris et San Francisco, une mobilité qui a nourri très tôt son exposition à la diversité culturelle et idéologique et posé les bases de sa pensée visuelle. Diplômé en 1992 du Rhode Island School of Design (BFA, peinture), Joseph a reçu de nombreuses distinctions, dont le Basil H. Alkazzi Award, ainsi que des bourses du Provincetown Fine Arts Work Center et du Rhode Island State Council on the Arts.

Il a été artiste invité et conférencier à l’Université du Massachusetts à Dartmouth, à Parsons et à Pace University à New York, à l’Ewha Woman’s University à Séoul, ainsi qu’au Rhode Island School of Design, où il a également enseigné le dessin. Ses œuvres figurent dans des collections muséales telles que le RISD Museum (Providence), le Museum of Fine Arts de Houston, le Kemper Museum of Contemporary Art (Kansas City), le University of Maine Museum of Art (Bangor), le Springfield Museum of Art (Ohio) et le Guilin Art Museum en Chine. Bo Joseph a exposé dans de nombreuses institutions, foires et galeries aux États-Unis et à l’international, notamment au RISD Museum, au Brooklyn Museum, au Tang Museum, chez McClain Gallery, Lee Eugean Gallery et Sears-Peyton Gallery. Son travail a été présenté dans The New York Times, Art in America et Architectural Digest, ainsi que sur NYCTV et National Public Radio. Il vit et travaille entre New York et Brooklyn.