La galerie présente simultanément Plans de lumière et Corps latents, deux expositions consacrées aux travaux récents de Justin Weiler et François Maurin.
Tous deux formés par le dessin, ils en ont fait un principe de construction qui continue d’informer leurs pratiques. Chez Justin Weiler, les œuvres se déploient à travers le verre et l’encre de Chine sur papier. La transparence des matériaux, la superposition des plans et les variations lumineuses produisent des espaces perceptifs instables, où l’image apparaît progressivement, dans la durée et dans le déplacement du regard.
Les sculptures murales de François Maurin, réalisées en bois sculpté et résine, engagent quant à elles un rapport direct au corps et à la présence. Leurs formes verticales, creusées et mises en tension par la ligne, se situent à l’équilibre entre rigueur structurelle et dimension organique. Le mur devient un plan d’appui à partir duquel le dessin se prolonge dans la matière.
Par leur attention commune à la structure, à la matérialité et aux conditions d’apparition de la forme, leurs œuvres prolongent certaines interrogations héritées de la modernité, celles du rapport entre ligne, espace et perception, dans un langage pleinement contemporain.
Présentées dans des espaces distincts, ces deux expositions révèlent des trajectoires autonomes issues d’une origine commune, où le dessin demeure une armature active, guidant la relation entre forme, matière et espace.
François Maurin — Corps latents
Les sculptures murales de François Maurin, réalisées en bois sculpté et résine, se déploient comme des présences verticales dont l’équilibre repose sur une tension constante entre construction et croissance. Issues du dessin, leurs lignes structurantes organisent des formes creusées, étirées, parfois segmentées, qui évoquent des fragments de corps autant que des formes en devenir. Le bois, travaillé dans sa densité et ses fibres, conserve une dimension vivante, tandis que la résine vient fixer la surface dans un état intermédiaire, entre apparition et stabilisation.
Cette articulation entre rigueur géométrique et souplesse organique n’est pas sans évoquer certaines architectures d’Oscar Niemeyer, où la ligne constructive demeure indissociable d’une expérience corporelle de l’espace. Chez Maurin, la structure ne s’impose jamais comme un système fermé : elle semble habitée de l’intérieur, traversée par une énergie contenue. Le mur devient un plan d’inscription, un point d’appui à partir duquel les formes émergent et affirment leur autonomie.
Inscrit dans une génération d’artistes pour lesquels la référence au monde végétal constitue un horizon sensible plutôt qu’un motif, Maurin développe une sculpture attentive aux processus de croissance, de tension et de transformation. Le dessin y agit comme une ossature invisible, guidant la mise en équilibre de la matière et la présence de l’œuvre dans l’espace.
- Henri van Melle