À l’occasion de la rentrée, la galerie RX&SLAG consacre à Joanne Boyer une exposition réunissant un ensemble de dessins et de peintures sur papier. Sous le titre Carnets ouverts, elle permet de découvrir une part moins connue de son travail et d’observer, dans des formats plus resserrés, la manière dont se construit un vocabulaire que l’on associe d’abord à sa peinture.
Née en 1990 à Versailles, Joanne Boyer développe depuis plusieurs années une œuvre figurative dans laquelle la lumière joue un rôle déterminant. Ses personnages, ses paysages et ses architectures apparaissent souvent dans la pénombre, éclairés par fragments. Cette présence du clair-obscur inscrit sa peinture dans une histoire ancienne, du Caravage à Goya, dont elle reprend moins les formes que la capacité à faire de la lumière un principe de construction de l’image.
Les œuvres présentées dans Carnets ouverts déplacent ce rapport. Sur le papier, le geste se fait plus direct, parfois plus rapide, et conserve quelque chose de l’apparition de l’image. Le dessin et la gouache ne constituent pourtant pas ici les simples étapes préparatoires d’une peinture à venir. Ils forment un ensemble autonome, un autre espace de travail dans lequel les motifs peuvent apparaître, être repris, transformés ou abandonnés.
Le format lui-même modifie la relation à l’œuvre. Là où la peinture installe une scène, ces feuilles appellent une observation rapprochée. On y retrouve pourtant le même répertoire : paysages en ruines, forêts, architectures, sirènes, satyres, chevaliers, figures isolées, auxquels viennent se mêler des éléments beaucoup plus contemporains. Joanne Boyer fait ainsi coexister plusieurs temporalités sans chercher à les ordonner. Mythologie, histoire de l’art, imaginaire personnel et fragments du quotidien appartiennent à un même monde.
Cette coexistence est l’un des ressorts de son travail. Ses images semblent parfois appartenir à un récit, mais celui-ci demeure volontairement incomplet. Elles n’en donnent ni l’origine ni le dénouement. Quelques figures, un paysage ou un détail suffisent à installer une situation dont une partie nous échappe. La pénombre participe de cette incertitude, Joanne ne dissimule pas seulement, elle laisse ouverte l’image.
Il serait dès lors réducteur de considérer les carnets comme l’envers intime de la peinture. Ils permettent plutôt d’en observer un autre régime. Le papier autorise l’essai, la répétition, et l’accident, il accueille des formes qui pourront rejoindre une peinture comme demeurer à l’état de dessin. Ce qui s’y donne à voir est moins le secret de l’atelier que la circulation permanente des images à l’intérieur de l’œuvre.
Avec Carnets ouverts, la galerie RX&SLAG choisit ainsi de montrer un ensemble rarement présenté pour lui-même et qui permet d’aborder autrement le travail de Joanne Boyer : non plus seulement à travers l’évidence de ses peintures, mais au plus près de l’endroit où ses images apparaissent et commencent à prendre forme.