La galerie présente simultanément Plans de lumière et Corps latents, deux expositions consacrées aux travaux récents de Justin Weiler et François Maurin.
Tous deux formés par le dessin, ils en ont fait un principe de construction qui continue d’informer leurs pratiques. Chez Justin Weiler, les œuvres se déploient à travers le verre et l’encre de Chine sur papier. La transparence des matériaux, la superposition des plans et les variations lumineuses produisent des espaces perceptifs instables, où l’image apparaît progressivement, dans la durée et dans le déplacement du regard.
Les sculptures murales de François Maurin, réalisées en bois sculpté et résine, engagent quant à elles un rapport direct au corps et à la présence. Leurs formes verticales, creusées et mises en tension par la ligne, se situent à l’équilibre entre rigueur structurelle et dimension organique. Le mur devient un plan d’appui à partir duquel le dessin se prolonge dans la matière.
Par leur attention commune à la structure, à la matérialité et aux conditions d’apparition de la forme, leurs œuvres prolongent certaines interrogations héritées de la modernité, celles du rapport entre ligne, espace et perception, dans un langage pleinement contemporain.
Présentées dans des espaces distincts, ces deux expositions révèlent des trajectoires autonomes issues d’une origine commune, où le dessin demeure une armature active, guidant la relation entre forme, matière et espace.
Justin Weiler — Plans de lumière
Le travail de Justin Weiler se développe à partir du verre et du dessin à l’encre de Chine sur papier, dans une recherche attentive aux conditions d’apparition de l’image. La transparence des supports, la superposition des plans et les variations lumineuses produisent des espaces instables, perceptibles dans la durée et dans le déplacement du regard. L’image ne se donne jamais immédiatement : elle se constitue par strates, par filtrations successives, engageant une expérience physique de la perception.
Ses œuvres établissent un rapport étroit entre géométrie et ouverture, où les surfaces agissent comme des seuils plutôt que comme des limites. La structure, réduite à l’essentiel, organise des équilibres entre suspension et ancrage, opacité et transparence. Le verre n’y est pas seulement un support, mais une condition d’existence de l’œuvre, un plan actif qui capte, filtre et restitue la lumière.
Cette attention portée aux qualités perceptives du matériau inscrit son travail dans une histoire où le verre devient un espace plutôt qu’une surface, à l’image des recherches menées par certains artistes américains de la côte ouest, tels que Larry Bell. Chez Weiler, toutefois, cette dimension perceptive demeure indissociable du dessin, qui subsiste comme une armature invisible, guidant l’organisation des plans et la construction du regard.
À travers le verre ou l’encre, Justin Weiler construit ainsi des œuvres qui ne se ferment jamais entièrement, laissant apparaître une forme toujours en relation avec son environnement et avec la présence du spectateur.
- Henri van Melle