SLAG&RX New York

Paul Wesenberg

Book of Poems

« …une sorte de belle détérioration. »

- Barry Schwabsky, à propos des peintures de Paul Wesenberg

 

SLAG&RX a le plaisir de présenter Book of Poems, la troisième exposition personnelle de Paul Wesenberg à la galerie, réunissant un nouvel ensemble de peintures réalisées à Berlin au cours de l’année écoulée. Le titre de l’exposition ne relève pas d’un artifice littéraire mais décrit une méthode : chaque toile est composée comme un poème, à travers l’intervalle et l’omission autant que par l’affirmation, de sorte que ce qui est retenu devient aussi lisible que ce qui est montré.

Les peintures de Wesenberg se construisent en deux temps : d’abord par soustraction, puis par addition. Avant même que le pinceau ne touche la toile, il « irrite » le lin à l’aide d’une perceuse, creusant de fins sillons et, par endroits, des « blessures » dans la trame, qui ornent la surface telles de « gracieuses broderies », selon les mots de Barry Schwabsky. Cette excavation maîtrisée laisse la surface en relief là même où la matière a en réalité été retirée. Ce n’est qu’ensuite qu’il réintroduit de la matière sur la toile : l’huile, travaillée en fines couches, pénètre le lin jusqu’à disparaître dans la fibre ; ailleurs, elle s’accumule en passages épais qui se détachent de la surface ; et, plus singulièrement encore, des pellicules de peinture séchées sur du Plexiglas sont décollées en un seul morceau puis appliquées sur la toile, telles des cicatrices greffées depuis un autre lieu. Il en résulte une surface qui porte la mémoire de sa propre fabrication. Il est impossible d’oublier que la peinture est aussi, comme l’écrit Schwabsky, « une chose fabriquée, une construction » : son histoire stratifiée d’interventions et de reprises demeure visible au sein même de la surface achevée.

À partir de ce sol stratifié, les images se forment sans jamais tout à fait advenir. Un horizon s’affirme, puis se dissout dans le ciel et les phénomènes atmosphériques. Une tige, une aile, une ligne de toit apparaissent un instant avant de se fondre à nouveau dans le pigment. Wesenberg travaille à partir d’un vocabulaire que la peinture revendique depuis toujours : paysage, fleur, figure, habitation, mais refuse de laisser aucun de ces éléments se figer dans l’illustration. Ce qui apparaît relève moins de l’image d’un lieu que du résidu d’un regard porté sur celui-ci : suffisamment précis pour conserver la charge d’une observation réelle, suffisamment général pour rester ouvert à la mémoire propre du spectateur.

Les nouvelles peintures prolongent cette logique dans un registre plus retenu, presque crépusculaire. Des champs de cendre, de lilas et de gris perle sont traversés de fils de pigment dessiné, cobalt, bleu pâle, violet, qui descendent sur la toile comme de la pluie, des racines ou une notation musicale sans barre de mesure. Dans plusieurs œuvres, un disque pâle et non peint interrompt le champ : une lune, une ouverture ou simplement une absence autour de laquelle les éléments environnants auraient appris à se développer. Dans la partie inférieure de chaque toile, cette retenue cède la place à des accumulations denses : des masses d’émeraude, de rose et d’or se rassemblent comme un sous-bois pris dans une lumière rasante, chargées de l’incident que le champ supérieur a tenu à distance. Alors que les œuvres précédentes de cette série en cours s’affirmaient à travers une palette plus chaleureuse, faite de terre d’ombre et de rose incandescent, ce nouvel ensemble est plus silencieux, plus nocturne, plus proche du calme qui suit le dernier vers d’un poème que de celui qui précède son premier énoncé.

Dans ces peintures, le sens relève de l’accumulation plutôt que de l’argumentation. Rien, dans Book of Poems, n’illustre ni ne paraphrase, chaque toile se comporte simplement comme un poème, laissant le sens s’accumuler à travers le rythme, la récurrence et la matérialité même de la peinture. Considérées dans leur ensemble, les œuvres invitent à être lues comme on lit des vers : lentement, et plus d’une fois.

Cette rencontre entre l’image et le mot n’est pas nouvelle dans le travail de Wesenberg. Last Ray, son projet collaboratif avec Barry Schwabsky, associe une série de poèmes de Schwabsky à une lithographie originale de Wesenberg accompagnant chaque exemplaire du livre, une œuvre que le critique Christoph Tannert a décrite comme « une peinture d’intensité assourdie, de précipitation suspendue ». Ce même registre feutré, accordé ici aux vers de Schwabsky, réapparaît dans la tonalité sourde de Book of Poems. Le vernissage marquera également le lancement de Last Ray, à l’occasion duquel Schwabsky donnera une lecture de l’ouvrage en personne.
 



À propos de l’artiste

Paul Wesenberg (né en 1973) vit et travaille à Berlin, en Allemagne. Il a étudié à la Haute École d’Art de Minsk, en Biélorussie, puis à l’Université des Arts Muthesius de Kiel, en Allemagne, où il a reçu une bourse du DAAD en 1995. Wesenberg a présenté des expositions personnelles dans des institutions telles que le Künstlerhaus Bethanien, Berlin ; le Kunstverein Trier ; le Kunstverein Unna ; le Kunstverein Flensburg ; le Hohenloher Kunstverein ; le Künstlerhaus Saarbrücken ; la Städtische Galerie Cham ; le Kunstverein Speyer ; ainsi qu’au Museo di Arte Sacra Contemporanea, Sesto al Reghena, en Italie. Son parcours comprend également une collaboration suivie avec SLAG&RX à New York et RX&SLAG à Paris.

Son travail a par ailleurs été présenté dans le cadre d’expositions collectives au National Museum of Art of Romania, à Bucarest ; au Haus am Kleistpark, à Berlin ; et au Haus am Lützowplatz, à Berlin. Ses peintures ont fait l’objet de textes critiques, notamment d’un essai de Barry Schwabsky, et ont été commentées dans des publications telles que The Brooklyn Rail.