RX&SLAG, Paris

Chaz Guest

The Sugars at the Bottom

RX&SLAG Paris est heureuse de présenter The Sugars at the Bottom, une exposition personnelle de l’artiste américain Chaz Guest, qui ouvrira en octobre 2026, la semaine précédant Art Basel Paris. The Sugars at the Bottom se déploie comme un journal visuel. À travers ce nouvel ensemble de peintures, Chaz Guest revient aux souvenirs qui l’ont façonné : son enfance à Niagara Falls, dans l’État de New York et ses années de formation dans les quartiers défavorisés de Philadelphie au cours des années 1960.

Les églises résonnant de gospel, les rues du quartier, les réunions familiales, les moments intimes de tendresse et les rythmes de la vie quotidienne deviennent le socle d’un récit profondément personnel, qui dépasse largement le cadre de l’autobiographie.

Les peintures font revivre une génération que Chaz Guest estime devoir rester profondément ancrée dans notre mémoire collective. Elles rendent hommage à une communauté qui, malgré le racisme systémique, la ségrégation résidentielle et l’exclusion, a trouvé sa force dans la foi, le gospel, la famille et un amour indéfectible les uns pour les autres. Il ne s’agit pas de peintures sur l’oppression, mais sur ce qui lui a survécu. Elles célèbrent la résilience, la générosité, la dignité et la joie, devenant ainsi des étendards de fierté, de survie et d’espoir.

L’exposition tire son titre d’une expression familière : « The sugars at the bottom ». À l’image du sucre qui se dépose, invisible, au fond d’une tasse, la douceur demeure présente même lorsqu’elle n’est pas immédiatement perceptible ; il suffit de la remuer pour la faire apparaître. Pour Guest, cette expression devient une métaphore de l’optimisme, de la générosité et de la joie persistants qui ont permis aux familles et aux communautés de traverser les épreuves. Sous les difficultés subsistait une douceur irrépressible, que rien ne pouvait éteindre.

Les peintures de Chaz Guest possèdent une autorité formelle silencieuse. Ses portraits relèvent d’un geste de réparation historique. La gravité de la composition et sa discipline picturale associées à la tradition occidentale du portrait, orientent ce langage vers la subjectivité noire. Les figures ne jouent pas leur identité ; elles l’habitent simplement avec assurance. Plutôt que de citer le passé, Chaz Guest en absorbe la grammaire de l’histoire de l’art et lui permet de s’exprimer dans une voix contemporaine, donnant naissance à des peintures à la fois intemporelles et profondément ancrées dans le présent.

La peinture elle-même devient un acte de mémoire. Chaz Guest construit chaque composition par couches successives d’huile et d’encre sumi, laissant affleurer les lavis, les reprises et les traces de gestes antérieurs dans l’œuvre achevée. De larges coups de pinceau fluides côtoient des passages d’une grande précision, tandis que des palettes sobres de tons terreux sont ponctuées de blancs lumineux, de rouges profonds et de touches d’or subtiles. Ses figures semblent émerger progressivement de la toile, suspendues entre mémoire et présence. Plus que tout, ce sont les yeux qui ancrent chaque portrait. Silencieux, inébranlables et chargés d’une forte intensité psychologique, ils instaurent une rencontre immédiate avec le spectateur. Le récit cède la place à la présence ; le spectaculaire s’efface au profit de la dignité et de l’intériorité. Bien qu’ancrée dans la mémoire personnelle, The Sugars at the Bottom s’adresse à une expérience humaine universelle.

Tout au long de sa carrière, Chaz Guest a décrit la peinture comme une recherche « de la teinte de l’humanité ». Il souhaite que chaque spectateur, quelle que soit son origine, puisse reconnaître une part de sa propre histoire dans ses peintures, affirmant ainsi sa conviction profonde que nous appartenons, en définitive, à une seule race : la race humaine.

L’exposition entre également en dialogue, de manière subtile, avec l’histoire de l’art. L’une des premières peintures présentées, It Took Time, fait écho au Portrait de Madeleine de Marie-Guillemine Benoist, que Chaz Guest a découvert au Louvre. Pendant plus de deux siècles, la femme représentée par Marie-Guillemine Benoist fut simplement désignée comme Portrait d’une femme noire, avant que des recherches récentes ne permettent de restituer son identité : Madeleine. Chaz Guest poursuit ce geste de restauration. Plutôt que de revisiter le tableau sous la forme d’une citation ou d’un hommage, il imagine la vie que l’histoire n’a jamais consignée. Madeleine n’est plus simplement l’objet du regard d’un autre ; elle devient la protagoniste de sa propre histoire.

Dans le tableau qui lui fait pendant, A Loving Pause, Chaz Guest introduit l’homme qui écrit la lettre qu’elle tient entre ses mains, transformant ainsi une figure historique anonyme en une femme aimée, attendue, gardée en mémoire et à qui l’on s’adresse. Par ce geste discret mais radical, Chaz Guest ne restitue pas seulement une identité : il redonne également une intimité, un récit et une capacité d’agir émotionnelle à des vies longtemps absentes des archives historiques.

À travers ces deux peintures, l’histoire cède la place à l’imagination. Non pas comme une fiction, mais comme un acte de reconnaissance humaine. Chaz Guest nous rappelle que derrière chaque image célébrée se trouve une vie qui n’a pas été écrite, riche d’affection, de désir, de mémoire et d’espoir. La peinture devient alors plus qu’une représentation : elle devient un acte de réparation historique, affirmant que la dignité ne réside pas seulement dans le fait d’être vu, mais aussi dans celui d’être imaginé comme pleinement humain.

Après la présentation de Chaz Guest à l’Armory Show à New York et parallèlement à une présentation muséale au Musée Eric Jacquet, The Sugars at the Bottom marque une nouvelle étape importante dans la carrière de l’artiste. Réunissant des œuvres réalisées lors de sa résidence à la Cité Internationale des Arts à Paris, des peintures présentées pour la première fois à la Fondation Florence, ainsi qu’un ambitieux nouveau cycle de peintures créé pour cette exposition. Le projet propose une réflexion profonde sur la mémoire, l’histoire et la capacité durable de la peinture à relier l’expérience individuelle à une histoire humaine plus vaste.

À une époque de plus en plus dominée par la vitesse et le spectaculaire, les peintures de Guest demandent au spectateur quelque chose de plus rare : ralentir, regarder et entrer en relation avec une autre présence humaine avec patience, empathie et ouverture.